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Zoé de Soumagnat

Artiste en résidence chez Astérides de janvier à juillet 2014

Zoé de Soumagnat

Artiste en résidence chez Astérides de janvier à juillet 2014

Astérides

Une chaise longue, un mur, une carte postale. Une pile de magazines sur un table basse, la mesure d’une jambe de mannequin masculin. Une palette de couleurs tendance 2013, ou tout aussi bien 1951. Un coucher de soleil Hawaïen imprimé sur papier recyclé. Une poire en plastique posée sur le sol de la galerie et dans laquelle tape un gamin de cinq ans. Un assistant la ramasse, se demande s’il devrait la replacer, ou s’il vaut mieux la laisser là où elle a atterrie.

 

Une manière d’approcher le travail de Zoé de Soumagnat serait de se pencher sur son intérêt pour différentes sortes de mobilités. Comment une peinture peut-elle se déplacer de murs en murs, dans un musée ou une maison de banlieue ? Comment un motif ou un geste peut-il migrer d’une tombe Egyptienne à un vase du XIXe siècle puis à la pochette d’un album de New Wave ? Comment l’image des tournesols de Van Gogh se retrouve-t-elle dupliquée sur des posters et des t-shirts et des serviettes de plages et des cartes d’anniversaires et des magnets de frigos et des cartes de crédits et des sacs en toile et des agendas et des tapis de souris et des foulards en soie ?

 

Il y a là quelque chose du théâtre, dans lequel le fait de montrer devient récit. Il faut scruter la mise en scène des espaces et des tableaux – le musée, la pièce de réception, le vestibule, la vitrine, ou la double page de magazine – et révéler les modes de composition qu’ils partagent (on pourrait aussi bien parler d’aménagement de vitrine). Dans le travail de Zoé de Soumagnat la répétition d’un motif botanique – une feuille de banane stylisée ou un ananas- prolifère à travers les diverses surfaces, se rejoue dans des peintures, des murs peints, des motifs de tissus, etc., vide et arbitraire comme la tâche laissée par le centipède écrasé sur le mur de la maison de la plantation dans La Jalousie de Robbe-Grillet. Et, tandis que nous tournons autour de ces signes (nous les entourons et ils s’entourent eux-mêmes), ils deviennent suspects, ce sont de potentiels présages, frivoles et inconséquents. Mais peut-être pas seulement.

 

En effet, une attitude est en jeu ici, ouverte aux plaisirs dénués d’intérêts comme aux échecs ordinaires qui viennent peupler le monde des aspirations à la manière d’un nuage d’insectes. Les petits plaisirs viennent avec de petites piqûres, les uns potentiellement aussi jouissifs ou corrosifs que les autres. Quel type d’expérience - différente ou similaire - puis-je avoir en face d’un Gauguin ou d’un comptoir de parfums Hermès ? Par quels chemins Philip Glass et Clams Casino se font une place dans mon expérience, et comment me suivent-ils ? Et si cela commence à ressembler à la cartographie d’un Epicurisme de la consommation, alors c’est bon. Rappelons nous simplement que plaisirs et opinions politiques sont parfois aussi difficiles à distinguer que peinture et décor – et c’est sans importance, mais peut-être pas seulement.

Lee Triming, juillet 2013

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