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Véronique Collard-Bovy

Productrice d'art

Véronique Collard-Bovy, avec son association Sextant et plus, est impliquée dans de multiples projets de production, de diffusion et de médiation qui permettent à des plasticiens de vivre de leur art.

Véronique Collard-Bovy

Productrice d'art

Sextant et plus Le Cartel

Certains pensent, à tort, que le métier de producteur est réservé au cinéma ou au spectacle vivant. Véronique Collard-Bovy, avec son association Sextant et plus, est impliquée dans de multiples projets de production, de diffusion et de médiation qui permettent à des plasticiens de vivre de leur art. Sans oublier sa participation active au Cartel. Cette fédération d’associations cogère le Panorama de la Friche La Belle de Mai, nouvel espace de diffusion pour la création contemporaine. Et ici, l’union fait vraiment la force.

 

L’aventure commence en 1998. Véronique Collard-Bovy, marseillaise d’origine, revient sur sa terre natale avec un double bagage théorique (licence d’esthétique de l’art à la Sorbonne) et pratique (diplôme des Beaux-Arts de Paris). Un an plus tard, elle crée, avec son compagnon Fabien Paoli, une structure de production, l’association Sextant et plus. Générer de l’économie en art contemporain, à Marseille, semble pourtant un sacré défi. Les financements publics sont notoirement insuffisants, quant au marché de l’art, il est, à de très rares exceptions près, inexistant en région. Sextant et plus commence par construire un réseau et s’emploie ensuite à l’étendre toujours plus. « Nous avons rencontré beaucoup d’artistes et nous avons ainsi pu affiner notre réflexion sur l’économie de l’art, explique Véronique Collard-Bovy. Quelle était la perspective pour un jeune artiste qui sortait de l’école d’art ? Monter une association, espérer recevoir trois sous de subvention et s’inscrire au RSA ? Un horizon assez déprimant. Les financements privés étaient présentés comme inaccessibles et il était pratiquement inconcevable de faire de l’art en dehors des lieux institués ». Avec beaucoup de fraîcheur et sans doute l’insouciance de la jeunesse, Sextant et Plus va ouvrir les portes du microcosme. « Nous avons organisé notre première exposition dans une salle du cinéma d’art et d’essai, Les Variétés. Le directeur a tout de suite adhéré à notre démarche et a mis à notre disposition un espace en autogestion. Nous avons ainsi été immédiatement en situation d’opérationnalité, confrontés aux exigences professionnelles ».

 

Une approche décomplexée

L’étape suivante sera l’installation, en 2001, à la Friche la Belle de Mai, un terrain d’expérimentation idéal pour développer des pratiques innovantes de production, de promotion et de socialisation de l’art. Sextant et plus invente ainsi une forme de mécénat original : un dispositif de location d’œuvre d’art pour les entreprises. « 25 artistes travaillaient avec nous. Ils restaient propriétaires de leurs œuvres, mais nous en déléguaient la gestion. L’association prenait 50% des sommes récoltées. En deux ans, nous avons reversé 50 000 euros aux artistes ». Simultanément l’association organise chaque été un événement d’envergure internationale. En 2004, dans le cadre d’une exposition monographique consacrée à Alexandre Perigot, ce dernier crée Maison témoin, la maison d’Elvis, une œuvre qui sera ensuite présentée à La Villette, à la FIAC, à Glasgow, en Thaïlande... La crédibilité de Sextant et plus se renforce encore quand, en 2007, avec Enlarge your practice, l’association met en lumière un mouvement de fond esthétique. Une vingtaine d’artistes et de collectifs investissent la Friche avec des installations qui brouillent les frontières entre la création contemporaine et les pratiques ludiques. Les œuvres s’inspirent des cultures adolescentes, des jeux en réseaux, elles détournent les média de masse et les technologies de la communication et elles élargissent considérablement le champ de l’art contemporain. L’événement est un succès critique, public et économique. « Cette exposition a pratiquement été financée par des fonds privés, se souvient Véronique Collard-Bovy. La Fondation Ricard, Mécènes du Sud, Les Galeries Lafayette nous ont soutenu. Des galeries privées ont produit plusieurs œuvres. Le graphiste de l’affiche et l’imprimeur nous ont fait des prix qui défient toute concurrence ». Sextant et plus était désormais identifié comme un acteur incontournable de l’art contemporain en région.

 

Dans la Capitale européenne de la culture

Cette structure qui cherche, à la fois, à développer de nouveau outils de production et à faciliter l’accès des publics à la création ne pouvait qu’être associée à la construction de la Capitale européenne de la culture. Et de fait, en 2013, Sextant et plus pilote trois Ateliers de l’EuroMéditerranée. L’association accompagne la résidence d’Anne-Valérie Gasc dans l’entreprise GINGER-CEBTP Démolition. Elle facilite l’implantation d’Alexandre Perigot au sein du groupe Daher (en partenariat avec le Lycée Professionnel Gustave Eiffel d'Aubagne). Elle assure également la mise en œuvre de « La cité des curiosités », initiée par la Fondation d’entreprise Logirem, à la Bricarde, (15ème arrondissement de Marseille). Tous les ans, un artiste est invité à travailler pendant 6 mois dans cette cité. En lien avec les habitants, il crée une œuvre pérenne pour l’espace public. Sextant et plus, intervient aussi sur un autre dispositif conçu par Marseille-Provence 2013. En effet, l’association est productrice déléguée d’un Quartier créatif ; encore une démarche qui a vocation à casser les murs qui se dressent entre la population et l’art. Le plasticien marseillais Frédéric Clavère couvrira ainsi de pictogrammes le tunnel Bénédict. Cette voie d’accès à la Friche la Belle de Mai était jusqu’à présent très peu évocatrice de poésie. Elle est appelée à se transformer en « caverne de hiéroglyphes d’un genre nouveau ».

 

Et ce n’est pas tout puisque Sextant et plus est également présent sur la scène internationale. Le dernier projet en date est initié avec l’association marocaine Feddan. Chaque année, des artistes du bassin méditerranéen et de la région PACA sont accueillis en résidence dans une magnifique maison traditionnelle située au cœur de la médina de Tétouan (au nord du Maroc).

 

Le Cartel et le Panorama

Les activités de Sextant et plus se développent donc à la fois dans la proximité et dans le monde. A partir d’un ancrage profond à la Friche la Belle de Mai, l’association peut ainsi rayonner le plus largement possible. L’ouverture du Panorama, un vaste espace d’exposition qui semble surplomber la tour de la Friche, va bien évidemment renforcer cette visibilité. Ce nouvel équipement a déjà facilité la synergie entre toutes les associations productrices d’art contemporain sur le site. Sextant et plus, Astérides, le Dernier Cri, Documents d’artistes, Group/ART-O-RAMA, et Triangle France, sont désormais regroupés dans une fédération. Et bien évidemment, Véronique Collard-Bovy assure, sans aucune hégémonie, la présidence de ce Cartel. « Nos activités sont très différentes, mais complémentaires. Le défi consistait à ne pas simplement additionner nos actions, mais à faire émerger une ligne éditoriale commune. Nous sommes désormais en capacité d’offrir aux artistes et au territoire un champ de compétences assez exceptionnel ». Le Panorama flambant neuf, représente le lieu de convergence de toutes ces démarches. Le Cartel offrira ainsi, à partir du mois de juillet 2013, sept mois de programmation autour de l’Atelier Van Lieshout. Sextant et plus proposera une exposition monographique de cet artiste majeur de la scène internationale. Grâce à Astérides et à Triangle France, son œuvre sera également mise en dialogue avec celle d’autres plasticiens, notamment le travail sculptural et photographique de Liz Magor. Un site internet sera produit par Documents d’artistes. Pour sa part, le Dernier Cri produira plusieurs estampes de l’Atelier Van Lieshout. Et ce dernier sera étroitement associé à l’édition 2013 du salon international d’art contemporain Art-O-Rama. La mutualisation démultiplie les possibles tout en évitant de se répéter... Car, comme le dit si bien Véronique Collard-Bovy : « céder la place à quelqu’un, c’est encore le meilleur moyen de se renouveler ».

 

Projets multiples pour économie mixte

2013 s’annonce donc de bonne augure pour Sextant et plus. Mais, en tant que chef d’entreprise, « responsable de bientôt huit salariés », la directrice de l’association se doit d’anticiper une conjoncture qui, elle, n’est pas du tout favorable pour l’art contemporain. « L’après-coup de l’année capitale suscite des inquiétudes, surtout en période de crise économique. Nous travaillons d’arrache-pied à la pérennité des projets que nous avons initié dans le cadre de Marseille-Provence 2013 ». Comment ? En continuant à développer des aventures artistiquement pertinentes, politiquement cohérentes et socialement justes, le tout dans le cadre de dispositifs de production qui croisent financements privés, argent public et économie sociale et solidaire.

 

Fred Kahn

Janvier 2013

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