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Le quartier de la Belle de Mai

IIIè arrondissement

Un quartier dont l’histoire est intimement liée a celle de sa friche.

Le quartier de la Belle de Mai

IIIè arrondissement

 

La zone industrielle du quartier est située au Sud, le long des voies ferrées et de la rue Guibal, tandis que le centre villageois de la Belle-de-Mai est situé en retrait, au Nord, jusqu’aux voies rapides aériennes de Plombières. Les voies de chemin de fer, qu’on ne peut franchir que par deux longs tunnels, isolent la Belle-de-Mai du centre ville pourtant tout proche.

Deux axes distribuent le quartier, l’axe Saint-Charles/Maternité et l’axe Longchamp/Place Cadenat. Une caractéristique s’impose à l’analyse de ces deux axes : la friche est partout. L’espace public en friche distribue un quartier en friche composé de bâtiments en friche... Un état de fait qui justifie d’appréhender le site dans sa globalité et de proposer un projet d’ensemble pour sa requalification.

 

Beaucoup d’histoires

Il est raconté que le quartier de la Belle de Mai doit son nom à la tradition des « Reines de Mai ». En France, le 1er mai, des fillettes se réunissaient par groupe de 4 ou 5 et élisaient entre-elles une reine qu’elles couronnaient de fleurs blanches. Celle-ci, selon la région dans laquelle elle était élue, s’appelait « Reine de Mai », « Mayo », « Belle de Mai »…


En Provence et à Marseille, cette tradition est restée vivace jusqu’au XIXe siècle, et bien qu’elle soit liée à la religion catholique, pour qui le mois de mai est le mois de la vierge Marie, on la rattache à des rites initiatiques plus anciens, de l’époque grecque.

En réalité, il semble que le nom de Belle de Mai, qui apparaît dans les textes au XIVe siècle, évoque une « vinea bela de mai », désignant une vigne tardive « belle de reste ».
Peu importe, c’est un joli nom que la Friche a gardé, une façon de rendre hommage à son histoire et aussi à sa géographie.

 

Lieu de villégiature des notables marseillais, la Belle de Mai fit sa réputation l'été par ses vergers, ses guinguettes et ses bals populaires. Elle est rattachée à la ville au XIXe siècle. Sa proximité au port de commerce de la Joliette construit à la même époque, incite bientôt les dockers à y installer leurs écuries.

Puis, s'installent les usines de raffinement de sucre (Les Sucres Saint-Charles) et d'allumettes, une gare de marchandise s'ajoute à l'ensemble. 1840 voit la construction du Boulevard National qui permet de relier la gare au port de commerce, afin de faciliter l’acheminement des marchandises venues du port, transformées dans les manufactures du quartier et destinées à repartir, par bateau ou par voie ferrée.

En 1868, sur l'emplacement de l'ancienne raffinerie de sucre, est inaugurée la Manufacture des tabacs d’après les plans de Désiré Michel. La direction emploie une main d’œuvre composée à 90% de femmes. Le quartier devient au cours du XIXe siècle un quartier presque exclusivement ouvrier.

En 1900, il est peuplé majoritairement par des Italiens fuyant la misère et le chômage en Toscane et se regroupant par familles. La langue parlée et partagée par tous était alors le provençal.

Le quartier est au premier rang des luttes syndicales et socialistes. Le communard Clovis Hugues, maire de la Belle de Mai, devient en 1881 le premier député ouvrier socialiste au parlement.

 

Durant l'occupation, la Belle de Mai devient un haut lieu de la résistance communiste. Après avoir produit cigares, scaferlatis et cigarettes, la manufacture se spécialise dans les années dans la production de cigarettes Gauloises et Gitanes.

Dans les années 1960, elle est l'une des plus importantes de France, mais cette période d’apogée est suivie d’un long déclin, en partie du à la préférence pour le tabac blond, qui conduisit la direction à fermer l’usine au début des années 1990 et à transférer la production à Vitrolles.

Cette fermeture laisse une friche de douze hectares, en bordure du quartier de la Belle de Mai, contribuant ainsi à augmenter la coupure avec le centre ville marquée par la voie ferrée. Le quartier déjà économiquement défavorisé est menacé de marginalisation.

En première ligne des mutations économiques, ce quartier présente aujourd’hui les stigmates d’un quartier périphérique alors qu’il appartient au centre-ville, bordant les quartiers de la vieille ville.

 

Parmi les figures de la Belle de Mai :

 

Outre Clovis Hugues, ancien maire de la Belle de Mai, d’autres politiques tels que Bernard Cadenat, ou bien encore Jean Cristofol, donneront leurs noms aux rues du quartier.

César Baldaccini dit César, le scupteur, et Alexandre-Marius Jacob, « voleur anarchiste » de la Belle Epoque, rendu célèbre par Maurice Leblanc sous le nom d’Arsène Lupin, ont également marqué leur passage dans le IIIè arrondissement de Marseille.

Le quartier et la Manufacture elle-même est le lieu de l'action du livre Double Crime dans la rue Bleue de Jean Contrucci (Editions Jean-Claude Lattès, 2005).

 

Ce quartier, foyer d’immigrations aux origines variées, a également inspiré les chansonniers et les compositeurs d’opérettes de la première moitié du XXe siècle (comme Darcelys, Alibert...) à la fin du XXe siècle (Quartier Nord).

 

« La Belle de Mai est comme la vigne d’où elle tire son nom. Rayonnante sous le soleil elle a ses saison, ses bons et ses mauvais millésimes. L’historique quartier « rouge » est aujourd’hui bien plus bigarré et son avenir se dessine entre pression immobilière et noyau villageois aux mille et un lieux animés par la vie locale. Et dans cette partie il semblerait qu’on ait tous un rôle à jouer »

Myriam Guillaume, journaliste, mai 2005

 

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