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La Manufacture des Tabacs de la Belle de Mai

1868 - 1990Un prédécesseur déjà engagé et innovant

C’est autour des manufactures (allumettes, tabac, sucre), installées entre la gare Saint-Charles, inaugurée en 1848, et le port de commerce, que va se développer, dès la seconde moitié du XIXe siècle, le quartier de la Belle de Mai.

La Manufacture des Tabacs de la Belle de Mai

1868 - 1990Un prédécesseur déjà engagé et innovant

 

Au XIXe siècle, elle est le siège de l’une des plus importantes manufactures de France.

En 1860, l’établissement, à cette époque située rue Sainte près du Vieux-Port, est le premier employeur de la ville et la deuxième manufacture de France, derrière Paris. Elle confectionne (entièrement à la main) près de cent millions de cigares par an !

En raison de l’insalubrité de ses locaux, la manufacture des tabacs quitte en 1868 la rive sud du Vieux-Port pour s’installer à la Belle de Mai, à coté de la raffinerie de sucre Saint Charles.

La construction, réalisée de 1862 à 1868 par l’architecte Désiré Michel, s’inscrit dans une période de développement industriel et dans le cadre de la mécanisation de la chaîne opératoire, comme en témoignent les cheminées, symboles de l’utilisation de la force motrice de la vapeur.

 

L’usine, longeant la voie ferrée, connaîtra ensuite plusieurs phases d’agrandissement liées à l’augmentation de la consommation de cigarettes et à l’évolution des modes de production (électrisation progressive des machines).

Dans les années 30, dans l’entre-deux-guerres, la raffinerie de sucre est détruite, ses terrains rachetés par la Seita qui y installe ses magasins de transit.

 

La direction emploie une main d’œuvre composée à 90% de femmes. Les ouvrières y sont généralement très jeunes. Elles y viennent jusqu’à leur mariage, et « y gagnent leur trousseau en roulant pendant neuf heures en hiver et dix heures en été cigares et cigarettes ».
Les cigarières, contrairement aux autres secteurs d’activités industrielles où elles sont encore en minorité, se mobilisent pour mener les grèves. Elles sont à l’issue d’une grève victorieuse en 1887, les premières, de toutes les manufactures de l’Etat, à former un syndicat. Certaines d’entre-elles se déplacent même dans d’autres manufactures des tabacs en France afin d’aider à la création de syndicats.

 

Après avoir produit cigares et scaferlatis, la manufacture des tabacs de la Belle de Mai, se spécialise dans les années 50, sous l’injonction d’une nouvelle stratégie industrielle décidée à Paris, dans la production de cigarettes Gauloises et Gitanes.

Au début des années 60, elle produit environ 1/5e des Gauloises alors consommées en France. Mais la mode est au tabac blond, de 1000 salariés en 1960, l’usine passe à un effectif de 250 en 1988, deux ans avant sa fermeture définitive.

 

 

 

Illustration : Façade de la manufacture à l’angle des rues Guibal et Clovis Hugues (1906) / Collections du Musée d’Histoire de Marseille, MHM D 98.3.9

Illustration : Vue perspective de la Manufacture des tabacs rue Guibal (1909) / Collections du Musée d’Histoire de Marseille, MHM D 98.3.

 

Illustration : "Société nouvelle des raffineries de sucres de Saint Louis : usine de Saint Charles", Ernest Sébille (1902) - Collections du Musée d’Histoire de Marseille / MHM 91.5.1

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