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Dans la solitude des champs de coton

de Bernard Marie Koltes

Dans la solitude des champs de coton

de Bernard Marie Koltes

L’interprétation du texte

Le texte devient le lieu commun, le point de rencontre, la perspective, l’horizon. Le texte devient le pont entre le « dedans » et le « dehors », il permet à chacun de s’interroger sur soi, sur l’autre, sur le monde. Le texte, c’est aussi  le partage d’une langue commune, quand les interprètes, ceux du dedans comme ceux du dehors, sont russes, italiens, monténégrins, chiliens, allemands. Il s’agit alors de s’approprier le texte dans sa langue d’origine (les participants étrangers ont ainsi découvert ce texte dans des différentes traductions) et d’en garder tout le sens et toute la force dans sa restitution française. Chacun d’entre eux s’empare d’un morceau, d’un moment, s’y appuie comme sur un tuteur, pour se lever, rester debout, rester ensemble et continuer d’avancer. Le projet démarre par des résistances, des refus, des contestations. Puis d’accommodations en écoute, progressivement, par une prise de conscience de chacun du travail en cours, des enjeux portés par tous, une histoire se construit. Que fait-on de sa mémoire en prison, et au dehors ? Comment aller vers l’autre et accepter la rencontre ? Comment et pourquoi s’accepter et accepter l’autre ? Quelle place s’ouvre alors à nous, et quelle place donner à l’autre, dans le groupe, dans le monde ?

 

Le décor

Un décor de tournage entre réel et fiction est construit et installé dans la prison, reproduction partielle d’une friche industrielle qui sera le lieu de travail de ceux du « dehors ». Ce dédoublement du décor permet de créer l’illusion d’un seul et unique espace où se meuvent ceux du dedans et ceux du dehors. La lumière, élément essentiel du décor, crée l’atmosphère. Chacun des personnages, qu’il soit Dealer ou Client, personne détenue ou personne libre, va progressivement s’appuyer sur les contrastes d’ombre et de lumière pour exprimer, jouer, raconter face à la caméra et avec les mots de B. M. Koltès, sa solitude, ses doutes, ses tourments et ses peurs. L’oeuvre de B. M. Koltès se révèle devant la caméra à travers la multiplicité de ses interprètes, qui se laissent traverser par le texte, les mots, les sons, le mouvement, l’attente, l’écoute… Cette révélation progressive construit l’espace visuel et sonore du film.

 

Le processus de restitution et de réception

Cette adaptation cinématographique est pensée à travers une multidiffusion sur 4 écrans de projection qui forment un carré. Le public est placé au centre, assis sur des fauteuils pivotants à 360°. Ce dispositif de projection permet au spectateur d’être placé en immersion au centre de la relation entre le Dealer et le Client, d’en être le témoin privilégié, permanent, le complice... Cette installation laisse au spectateur le choix de composer avec les écrans. Dans les premières minutes, le spectateur suit l’écran parlant, là où l’acteur interprète le texte mais, en pivotant sur sa chaise, il croise d’autres images : gros plan sur une cigarette, texture d’un mur ou d’un corps, image abstraite, détail, regard … ou c’est un bruit, une respiration, le sentiment d’une présence d’un personnage au loin, en attente ou en déplacement, qui le détournent. Alors, le spectateur accepte petit à petit ces co-présences et joue sa propre partition entre ces sollicitations de voix, d’images, de sons et de silences qui l’entourent. Le texte est le fil conducteur de cette partition et à travers cette multitude de solitudes, il révèle quelque chose de nous même.

 

 

du 13 au 30 juin à la Friche

en savoir plus sur l'évènement

 

 

 

Production Lieux Fictifs, en coproduction avec Marseille-Provence 2013 et la Cie Alzhar

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